Botamalys & moi

Comme la boîte à malices qui surprend puis écarquille les yeux des enfants,
la botanique peut aussi étonner, émouvoir, stimuler et passionner...

Une capsule, un rêve, une promesse…

 

Le pavot somnifère (Papaver somniferum L. subsp. somniferum) illustre, de manière symbolique, ce que je souhaite transmettre et échanger : un peu de rêve, le bonheur de la contemplation, le plaisir de l’intrigue, des enquêtes ; tout cela à travers le prisme de la science.

Le savoir botanique n’est pas qu’une affaire de scientifiques et peut être rendu accessible à tous !

 

Capsule - n.f. Enveloppe sèche et dure, généralement de forme ovoïde, qui renferme les graines de certaines plantes à fruits déhiscents (qui s'ouvrent spontanément à maturité).

Boîte à malices - n.f. Récipient dans lequel sont enfermés des objets permettant de faciliter des gestes ou de faire plaisir aux enfants (qui s'ouvre spontanément à immaturité).

Dernière les noms vernaculaires (ou communs) des plantes se cachent des noms scientifiques composés de deux mots latins, c’est le binôme genre-espèce imposé par Linné en 1753 sur la base de critères de ressemblance morphologiques. On parle de nomenclature binominale (donc de dénomination à 2 noms) :

 

Papaver somniferum L. 1753

 

  • Le premier nom renvoie au genre (il porte une majuscule et s’écrit en italique) et le second à l’espèce (en minuscule et en italique).

 

  • Le nom d’espèce est suivi des initiales du nom de l’auteur, c’est-à-dire le premier à avoir décrit l’échantillon-type de cette espèce (conservé sous la forme d’une part d’herbier) et publié.
    Ici, « L. » renvoie à Linné.

 

  • L’année est également mentionnée car il peut arriver que plusieurs auteurs aient décrit cette même plante sur la base d’échantillons différents, auquel cas une règle de priorité est appliquée : le premier auteur sert de référence et le second devient synonyme du premier.

 

Dans l’utilisation courante des noms des plantes, on s’affranchit de ce niveau de détail, souvent année et auteur ne sont pas cités. On fait alors référence à une publication, à un « référentiel taxonomique » qui peut être soit une base de données de noms valides (TAXREF) soit une Flore (Flora Gallica), c’est-à-dire des noms valides à un instant T.

 

L’espèce constitue le taxon de base de la classification systématique. C’est le 1er rang, celui au sein duquel les individus ont le plus de caractères communs (d’ordre morphologique, biochimiques ou cytologiques) et la plus proche parenté. Plus le taxon est élevé (genre, famille…) plus le nombre de caractères en commun diminue.

Les êtres vivants sont classés en espèces et l’espèce est l’ensemble des individus capables de se reproduire entre eux et d’avoir une descendance fertile. Toutes ces espèces se répartissent dans différents genres et l’ensemble des genres forme ce que l’on appelle une « famille ». Jusque-là tout est simple mais cela se complique ensuite, à mesure que l’on tente d’établir les filiations.

 

On peut se représenter les taxa (pluriel de taxon) sous la forme d’une poupée russe :

 

 

La plus petite poupée est l’espèce, elle contient toutes les espèces, les sous-espèces et les variétés.

La 2ème poupée est le genre qui contient toutes les espèces.

La 3ème poupée est la famille qui contient tous les genres (terminaison du nom en -ACEAE).

La 4ème poupée est l’ordre qui contient toutes les familles (terminaison du nom en -ALES).

La 5ème poupée est la classe qui contient tous les ordres (terminaison du nom en -OPSIDA).

La 6ème poupée est l’embranchement qui contient toutes les classes (terminaison du nom en -PHYTA)

Mon tout est le règne qui contient tous les embranchements (terminaison du nom en -AE).

 

Chaque poupée est un taxon de rang plus ou moins élevé, le rang le plus bas étant celui de la plus petite poupée mais aussi des rangs inférieurs qu’elle contient (sous-espèces, variétés), elle est l’unité de base de la classification du vivant.

 

Avec les avancées de la phylogénie qui étudie les liens existant entre les espèces apparentées, de nombreuses poupées intermédiaires voient le jour mais, globalement, la matriochka qui représente le règne des plantes — plantae — contient toutes les poupées de rangs inférieurs et celles-ci sont toutes imbriquées les unes dans les autres.

 

Même si sur le terrain on s'interroge rarement sur l'ordre auquel appartient le taxon, il est important de bien comprendre les principes de la classification.

 

Exemple du pavot somnifère :

Plantae (règne) > Magnolophyta (embranchement) > Magnolopsida (classe) > Papaverales (ordre) > Papaveraceae (famille) > Papaver (genre) > Papaver somniferum (espèce) > Papaver somniferum subsp. somniferum (sous-espèce)

 

Les taxonomistes déterminent les liens de parenté entre les espèces grâce à leurs caractères communs et tentent de définir des clades, c’est-à-dire des groupes homogènes comprenant un ancêtre commun et tous ses descendants : ce sont les principes de la classification phylogénétique actuelle nommée « cladistique ». Reposant dorénavant sur la génétique, on comprend mieux la complexité de certaines clés de détermination !

 

Heureusement pour nous, qui dit gènes en commun dit ressemblances et certaines se traduisent sur le terrain par des critères morphologiques que l'on peut observer avec une simple loupe x10.

 

Reste à mener l’enquête !

En nommant une plante scientifiquement, on lui attribue un nom unique qui sera identique où que l’on soit dans le monde.

 

C’est un outil de langage conventionnel commun qui facilite l’échange et le partage d’informations.

 

Son utilisation permet d’éviter toute confusion entre des plantes qui possèderaient des noms vernaculaires (ou noms communs) identiques ou similaires. Il existe par exemple plusieurs lauriers mais qui n’appartiennent pas tous aux mêmes familles et qui peuvent pour certains s’avérer très toxiques !

 

Lire la chronique : "Aux noms de la gloire"

Observer et nommer

 

Herboriser, c’est d’abord recueillir des plantes dans la nature pour les étudier ou simplement les observer in situ, les décrire, les photographier ou les dessiner, les sentir, les toucher… Les herborisations peuvent revêtir diverses formes, le but étant d’arriver à nommer les plantes, comprendre le milieu dans lequel elles grandissent pour témoigner de leur existence à un moment et un endroit précis. Cela contribue à la connaissance de la biodiversité et les données rassemblées peuvent être ensuite partagées, versées dans des bases de données naturalistes œuvrant notamment pour la protection de la nature.

 

Prendre le temps

 

Toutefois, herboriser c’est aussi et surtout se mettre entre parenthèses, prendre le temps. On parle souvent du « pas du botaniste » pour évoquer la lenteur de celles et ceux qui herborisent le long des sentiers, mais c’est une lenteur riche et mesurée, celle de l’observation active et attentive. S’octroyer ce temps dans le monde ultra connecté du « tout tout de suite » permet de s’offrir une pause, de réfléchir au sens des choses et à la place des êtres vivants.

 

Voir à nouveau

 

On parle encore aujourd’hui de « cécité botanique ». Ce concept a été inventé en 1998 par Elisabeth Schussler et James Wandersee, un couple de botanistes américains, pour traduire l’incapacité de l’être humain à voir ou remarquer les plantes de son propre environnement. En cause, notre cerveau éduqué à détecter anomalies et dangers. Les plantes ne bougent pas, poussent les unes à côté des autres et ne nous menacent pas, notre cerveau finit alors par les regrouper et les ignorer au profit du vivant mobile.

 

S'émerveiller

 

En revanche, si l’on s’y intéresse de près, notre cerveau devient alors un véritable scanner capable de reconnaître les plantes une à une et de les associer en cortèges aux endroits où elles poussent. On ne voit plus uniquement un paysage mais la multiplicité de ses composantes et sa bigarrure.

 

Herboriser, c’est se confronter à cette diversité insoupçonnée, c’est une invitation à comprendre le monde mystérieux des plantes qui nous entourent, c'est continuer de découvrir la vie avec émerveillement !

 

Décrire une plante, ça s’apprend. Ce n’est pas juste la fleur ou juste la feuille.

 

Apprendre à décrire une plante, c’est prendre le temps de l’observation, partir du général pour aller vers l’examen minutieux de tous les critères qui nous renseigneront sur la manière dont s’articulent les organes entre eux et dont la plante fonctionne.

 

On fait souvent de belles découvertes et ce n’est pas toujours aussi simple qu’il n’y paraît. Il est parfois nécessaire de prélever un échantillon et de l’étudier à l’aide d’outils plus fins de type binoculaire ou microscope là où, d’autres fois, un simple froissement de la feuille suffit à valider l’espèce.

Initiation

 

C’est évidemment là que le bât blesse. Lorsque l’on ouvre une Flore pour la première fois, on est vite rebuté par l’austérité du vocabulaire que l’on juge élitiste et tiré par les cheveux ; on essaye, un peu, beaucoup, parfois passionnément, mais bien souvent on abandonne.

 

Partition

 

La botanique est à l'image de la musique, on ne peut l’apprendre sans faire un minimum de solfège. Car, qu’est-ce qu’une note ? Quel est le temps de la blanche ou de la croche ? Il faut faire ses gammes !

 

Répétition

 

Immersion, répétition, passion sont les garants de cet apprentissage botanique. À force d’observer les plantes, d'entendre leurs noms, de les sentir, de les toucher, parfois même de les goûter, de les chercher dans les guides ou les Flores, on se familiarise avec elles. Le vocabulaire spécialisé qui nous avait tant rebuté devient vite notre allié et on finit par… herboriser tout le temps !

 

Acquisition

 

Il faut savoir qu’il existe beaucoup d’ouvrages de niveaux très différents mais que chacun apporte une pierre à l'édifice de la connaissance botanique (bibliothèque). Les Flores anciennes, même si elles sont aujourd'hui dépassées sous bien des aspects, demeurent d'inépuisables réserves de renseignements ! Un guide peut parfois être plus pertinent que la meilleure Flore du secteur car il rassemblera les taxons d'un milieu en réduisant le nombre d’espèces à prendre en compte.

 

Construction

 

Le socle des connaissances botaniques ne s’acquiert pas en un jour, il se construit progressivement jusqu’à nous rendre autonomes et en capacité de reconnaître une grande partie des plantes sauvages qui nous entourent. Avec quelques ressources, un peu de ténacité et beaucoup de curiosité, l'apprentissage de ce savoir devient vite dévorant, passionnant et souvent ludique !

Logo Botamalys

La capsule de pavot somnifère (Papaver somniferum L. subsp. somniferum) à l’origine du logo de Botamalys a été réalisée par l’artiste Alice Heit.

 

C’est une gravure inspirée de la planche originale de Claude Aubriet publiée en 1700 dans le monument scientifique de Joseph Pitton de Tournefort, Institutiones rei herbariæ, (vol. 2, planche 120), célèbre botaniste français qui fut le premier à introduire le concept moderne de « genre ».

 

Sa classification rendit pour la première fois la botanique accessible au plus grand nombre et pour ainsi dire populaire.

 

Arguons que Botamalys atteigne cet objectif.

sarah

& moi

Issue d’un cursus en sciences humaines (Master en Civilisations de l’Antiquité et du Moyen-Âge), j’ai exercé le métier d’archéologue (spécialité céramologie antique) durant une dizaine d’années avant de franchir le pas d’une reconversion professionnelle dans le domaine de la botanique.

 

J’ai d’abord intégré l’école des plantes de Candillargues (Imderplam) dont j’ai suivi les enseignements durant 2 années, puis je me suis portée candidate au DU de botanique de terrain dispensé par l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens) en partenariat avec la Société Botanique de France, diplôme que j’ai obtenu en 2019 avec la mention très bien.

 

Je travaille aujourd’hui comme botaniste pour le Chemin de la Nature mais je reste très investie dans le tissu associatif où j'ai appris et continue d'apprendre énormément.

 

L’idée de Botamalys a germé d’une envie de partager ces savoirs acquis avec le plus grand nombre, la botanique étant souvent perçue comme une science poussiéreuse réservée à une poignée d’érudits. Bien au contraire, c’est une science joyeuse et pleine de vie !

 

Petite, j’adorais les fleurs mais surtout faire des bouquets de campanules qui fanaient presque aussitôt. Face à mon engouement pour celles-ci, mes parents m’ont confectionné un bel herbier avec une photo de mon arbre en guise de décoration. J’avais jeté mon dévolu sur celui qui trônait à l’entrée de notre village, baptisé « arbrassara »,  arbre qui fut hélas coupé pour le gain de quelques mètres de pâture ! J’ai fait sécher plein de fleurs dans cet herbier et réalisé de nombreuses compositions florales sans jamais vraiment m'interroger sur leurs noms.

 

Aujourd’hui, chercher le nom des plantes est devenu mon leitmotiv. Avec la photo numérique, faire un herbier est devenu facile, je conjugue ce plaisir avec celui de la récolte de spécimens que je choisis avec raison et application, avec la conscience de l’archéologue qui collecte pour préserver un morceau d’Histoire.

 

 

J’espère bien vous transmettre cette joie de l’herbier et un peu de mon amour de la botanique.

Sarah Silvéréano

Découvrir

Activités botaniques

Balades & ateliers

Pour suivre notre actualité

Newsletter

Lettre saisonnière

Retour haut de page